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  Fernand Iveton

Un roman, De nos frères blessés de Joseph Andras (Actes-Sud/Barzakh, mai 2016), revient sur l’arrestation, la détention, le procès et l’exécution de l’ouvrier communiste et militant anticolonialiste algérien Fernand Iveton, au cœur de la guerre d’indépendance. L’auteur questionne les angles morts du récit national [français] et signe un fulgurant exercice d’admiration, peut-on lire dans la présentation de l’éditeur. Récompensé du Goncourt du premier roman, Joseph Andras a décliné le prix et sa dotation de 5 000 euros, en prenant soin d’expliquer dans une lettre aux Goncourt que "l’on ne cherche pas à déceler la moindre arrogance ni forfanterie (...) : seulement le désir profond de s’en tenir au texte, aux mots, aux idéaux portés, à la parole occultée d’un travailleur et militant de l’égalité sociale et politique".

Depuis plusieurs années, une cérémonie de recueillement à sa mémoire a lieu, tous les 11 février, au cimetière chrétien de Bologhine (ex-Saint-Eugène). L’an dernier, elle a eu lieu le 25 février. "Parmi les membres présents, rapportait le journal El Watan (26 fév.), "on comptait une seule personnalité officielle en la personne du président du CNES, Mohamed-Seghir Babès". Organisée en présence notamment de compagnons d’armes comme Abdelkader Guerroudj, mais aussi d’Annie Steiner ou de l’Algéro-Argentin Roberto Muniz, "beaucoup [...] n’ont pas hésité à faire le déplacement jusqu’au cimetière chrétien de Bologhine en dépit de leur âge comme un défi à l’amnésie officielle qui veut confiner le sacrifice d’Iveton, Henri Maillot, Maurice Laban, Maurice Audin, Raymonde Pechard et des autres chouhada d’origine européenne aux oubliettes".

Dans François Mitterrand et la guerre d’Algérie, publié en octobre 2010 chez Calmann-Lévy, l’historien Benjamin Stora et le journaliste au Point François Malye éclairent, un peu plus avant, le rôle de François Mitterrand, garde des Sceaux du gouvernement socialiste de Guy Mollet en 1956, au sujet de l’exécution de Fernand Iveton (1926-1957). Les deux auteurs ont exhumé un document des archives du Conseil supérieur de la magistrature qui établit que "François Mitterrand -comme la totalité des membres du CSM- s’est bien opposé à la grâce du seul Européen exécuté pendant la guerre d’Algérie, un homme qui n’avait pourtant tué personne".

"Depuis 1991, cet ancien magazine diffusé sur France 3, "Aléas" racontait des histoires de gens, d’événements, de rencontres, d’incidents... Tout ce qui fait la vie dans ce qu’elle a d’imprévisible et d’aléatoire." Les trois films de cette édition (04/2004), plutôt heurtée, avaient en commun la guillotine et les deux premiers l’Algérie coloniale.
Si le premier était consacré à Fernand Meyssonnier, exécuteur et fils d’exécuteur en Algérie jusqu’en 1962, le second dressait le portrait de l’une de ses victimes : Fernand Iveton, le seul européen des 198 guillotinés de la guerre d’Algérie.

Fernand Iveton, guillotiné pour l’exemple s’ouvre sur des images d’Alger en noir et blanc et la voix de François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur, qui assène en 1954 son fameux "l’Algérie c’est la France et la France ne saurait reconnaître chez elle d’autre autorité que la sienne". Daniel Edinger revient ensuite sur les derniers mois de Fernand Iveton, ouvrier communiste surpris le 14 novembre 1956 dans l’usine à gaz du Hamma où il travaillait, entrain de régler la minuterie d’une charge explosive -"pour éviter des pertes humaines" soutiendra-t-il. Arrêté, interrogé et torturé, il est condamné à mort dix jours plus tard.

Me Albert Smadja, alors jeune avocat commis d’office, se souvient du pourvoi en cassation, puis du recours en grâce auprès du président Coty qui sera refusé. Au matin du 11 février 1957 à la prison de Barberousse (auj. Serkadji) d’Alger, Fernand Iveton est exécuté en même temps que deux autres condamnés algériens : Mohamed Ouenouri et Ahmed Lakhnache. L’avocat ne peut contenir ses sanglots lorsqu’il se remémore ce matin, "il faut imaginer, dit-il, l’horreur de cette exécution.... Lorsqu’on lui demande quels furent les derniers mots d’Iveton, l’avocat répond : "Je vais mourir, mais l’Algérie sera indépendante".

Le film se termine sur un poème d’Annie Steiner (Ce matin ils ont osé), une autre militante détenue dans le quartier des femmes. Le 13 février 1957, deux jours après l’exécution, ajoute Me Smadja, il est lui-même arrêté en même temps que 130 européens et 14 avocats, accusés de sympathie envers les insurgés algériens... Le défenseur de Fernand Iveton restera deux années en détention.

Un demi-siècle après l’indépendance du pays, seule une petite ruelle, dans le quartier d’El-Madania (ex-Clos Salembier) où il est né, porte son nom.

Dans une version précédente de cet article, nous présentions Fernand Iveton comme étant né de parents d’origine polonaise. On nous a écrit pour nous dire qu’il s’agissait d’une erreur. En réalité, "son père Pascal était un enfant de l’Assistance publique d’Alger et sa mère Incarnacion était née en Espagne". On nous a rappelé enfin que "c’est son épouse Hélène qui était d’origine polonaise".
Toutes nos excuses à la famille Iveton, au réalisateur Daniel Edinger et à nos lecteurs. (Photo D.R.)



Arrestation de Fernand Iveton (ORTF, JT 20 h, 17 nov. 1956) > Doc., INA (1 min. 42 s.)



Rencontres :

24 février 2017 à 19 h, soirée Fernand Iveton, rencontre en présence de Sadek Hadjerès (ancien secrétaire du Parti communiste algérien), Alain Ruscio (historien), Hassane Zerrouki (journaliste à l’Humanité), Paris / Siège du PCF, 2, place du Colonel Fabien, Paris 19e


- 11 février 2012, Rencontre autour de Fernand Iveton, Alger / Forum El Moudjahid, par l’association Machâal echahid
- 9 - 18 février 2012, "Sauvegarde collective de la mémoire nationale" : évocation de Fernand Iveton, en présence de son ami Félix Colozzi et de l’ancien condamné à mort Abdelkader Guerroudj, 12e Semaine culturelle et historique sur la guerre de libération, Alger / Plateau des Annassers / Palais de la culture Moufdi Zakaria, par l’association Machâal echahid
- 15 décembre 2011, "Hommage à Fernand Iveton", Rencontre en présence de Mohamed Rebah, moudjahid et auteur de Des chemins et des hommes (2009), de Abdelkader Guerroudj, ancien chef des Combattants de la Libération (CdL, Parti communiste) intégrés au FLN, et de l’historien Jean-Luc Einaudi, auteur notamment de Pour l’exemple ; l’affaire Fernand Iveton (1986), Paris / Centre culturel algérien, 171, rue de la Croix-Nivert, Paris 15e, Tel. : 01 45 54 95 31
- 18 mai 2010, Conférence-débat en hommage à Fernand Iveton, animée par Me Albert Smadja, Me François Marini, et l’historien Mohamed El Korso, Alger / Université des sciences humaines de Bouzaréah



Bibliographie :

- François Mitterrand et la guerre d’Algérie
de Benjamin Stora et François Malye
(Paris, Calmann-Lévy, octobre 2010)

- Pour l’exemple : l’affaire Fernand Iveton de Jean-Luc Einaudi
(Paris, L’Harmattan, 1986)



Télévision :

- Diff. TV : 20 avril 2004 à 0h30 sur France 3, Magazine Aléas - "Chronique des hasards"


- Portrait du photographe : celui qui regardait la mort
de Jean-Denis Bonan
- Fernand Iveton guillotiné pour l’exemple
de Daniel Edinger
- Dernière veuve à Angoulême
de Jean-Denis Bonan



Théâtre :

- Plaidoyer pour un rebelle, Théâtre d’Emmanuel Roblès (Paris, Le Seuil, 1965)
- Les Mimosas d’Algérie de Richard Demarcy (1991)

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