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  L’Algérie dévoilée, de l’ombre à la lumière, de Hocine Zaourar

On se laisse embarquer dès les premières images de l’album qui s’ouvre sur Alger, mais une ville à la physionomie inhabituelle, curieusement abandonnée par ses habitants, à l’image de cette série de clichés de la place des Martyrs quasi-déserte. On apprendra que l’annonce d’une éclipse, ce jour d’octobre 2005, a vidé Alger de ses foules. Après les façades et les places du front de mer, des étals et vitrines, et des grappes d’enfants qui témoignent de l’agitation coutumière de la ville, Hocine Zaourar s’attarde à la Casbah, le cœur historique de la ville, avec ses ocres et ses blancs et les outrages du temps. Et puis on doit prendre la route sur les pas du photographe, d’Azeffoun à Constantine et de Médéa à Cherchell, mais l’album tourne vite à l’inventaire, là ou la sélection aurait gagné à des choix plus resserrés et davantage de fantaisie dans les formats, qui contribuent à laisser se former une identité, la marque du photographe. Il n’empêche que l’album de Hocine Zaourar nous est nécessaire qui documente la réalité et nos représentations d’un pays qui en a grandement besoin.

Hocine Zaourar s’est fait connaitre en septembre 1997, lorsque l’une de ses photographies, prise après le massacre de Bentalha près d’Alger, s’est affichée à la une de quelque 750 publications de la presse internationale, interpellant le monde sur la barbarie des massacres collectifs commis au nom de l’islam. Le photographe n’est alors présenté que sous son prénom, Hocine, au prétexte pour l’AFP qui l’emploie, de 1993 à 2006, de préserver l’identité et donc la sécurité du photographe. Il s’expose ensuite à une campagne de dénigrement en Algérie, un pays qui n’aime décidément pas les appareils photos et les photographes. On a parlé d’image truquée, on l’a notamment accusé d’avoir rédigé une légende mensongère à la photographie et de faire carrière sur la douleur des siens.
Au plan professionnel, Hocine Zaourar a ensuite souffert de voir son travail régulièrement ramené à cette unique photographie. C’est alors qu’au sortir d’une décennie de violences, "patiemment, avec modestie, comme le note le plasticien français Pascal Convert dans sa préface, il a repris son appareil photo et est parti à la découverte de son pays, un pays meurtri comme lui, mais vivant". "Nous avons tous eu ce type de joies tristes, fait remarquer Omar Zelig, homme de radio et figure du paysage médiatique algérien, en redécouvrant dans les années 2000 les endroits où nous n’allions plus, depuis que nous avions été relégués dans nos quartiers et que nous n’empruntions plus que des itinéraires protégés pour continuer à vivre."



L’Algérie dévoilée, de l’ombre à la lumière
Photographies de Hocine Zaourar
Préface de Pascal Convert
Textes de Omar Zelig
(Alger, Ed. Aglaë, 2014)

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