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  Les Paravents de Jean Genet

Jusqu’au 18 juillet au Fort Saint-Jean à Marseille, l’exposition, "Jean Genet, l’échappée belle", interrogeait ce que la Méditerranée, comme "un pôle magnétique du parcours littéraire de Jean Genet, auquel il revient obstinément", a suscité chez l’écrivain. "Jean Genet, l’échappée belle" est "articulée autour de quatre thèmes dont chacun fait se croiser un moment de sa vie, une de ses œuvres et un territoire méditerranéen (Le Journal du voleur – L’Espagne ; Les Paravents – L’Algérie ; Un captif amoureux – La Palestine ; la fin de sa vie au Maroc). L’exposition donnera également à voir des œuvres qui témoignent notamment de ses rencontres avec les artistes plasticiens et avec le monde des arts du spectacle (évocation de la figure du Funambule).

Début septembre 2015 à Alger, autour des Paravents de Jean Genet, un atelier a réuni des comédiens, professionnels ou amateurs, et donné lieu à une restitution à l’Institut français. Avec comme objectif final la création des Paravents, le metteur en scène Cédric Gourmelon a imaginé un projet artistique au long cours, se déclinant sur les quatre prochaines années, avec des stages organisés au Maroc, en Algérie et en Tunisie, avec à la clef la création, au Maghreb, d’Un chant d’amour, spectacle construit à partir d’extraits de textes de Jean Genet et d’auteurs contemporains arabes (2017) la re-création au Théâtre national de Strasbourg de Haute surveillance de Genet (2018/2019) et enfin la création des Paravents de Genet, avec la troupe constituée au Maghreb complétée d’acteurs français.

En 1961, lorsque paraissent Les Paravents, Roger Blin, à qui l’on doit d’avoir imposé Samuel Becket et Jean Genet en France, songe déjà à créer le texte mais il semble en avoir été dissuadé par les services du ministère de l’Intérieur. Dans cette pièce où sa situation d’exclu entrait en résonance avec celle des insurgés algériens, Genet, qui critique les méthodes de la société française civile et militaire en Algérie, fustige l’aliénation du colonisé prompt à reproduire la conduite du colonisateur.

Pour Blin, "Les Paravents est davantage un texte contre l’armée française, contre toutes les armées, qu’un texte de réhabilitation des Algériens. Dans toutes ses pièces, Genet est clairement du côté des opprimés et dans Les Paravents toute sa sympathie va aux Algériens. Il n’oppose pas les bons Algériens aux méchants militaires français, pas plus que dans Les Nègres il n’opposait les bons Noirs aux méchants Blancs. Il dénonce la crapulerie des oppresseurs et par un jeu de miroir il dénonce les opprimés".

Créée en première mondiale à Munich en 1961, la pièce est également jouée à Berlin (en allemand), puis à Londres (en anglais, m. en sc. Peter Brook, dans un club et seulement jusqu’au 12e tableau), à Stockholm (en suédois) et enfin à Vienne (en allemand). À Stockholm, la pièce est donnée dans une version intégrale (5 heures) avec des acteurs masqués.

Il faudra attendre avril 1966 pour voir l’Odéon - Théâtre de France, un théâtre subventionné alors dirigé par Jean-Louis Barrault (nommé à ce poste par André Malraux, ministre de la Culture), accueillir la création des Paravents que Genet lui-même trouvait irreprésentable. Il a aussi été dit et écrit que conformément au vœu de l’auteur, Roger Blin n’a pas politisé le spectacle.

Les Paravents fit néanmoins un scandale retentissant. À cause de la scène où les soldats français voient mourir leur lieutenant et viennent en guise d’hommage lui péter à la figure. En insultant ainsi un officier mort pour la patrie, on accusa Genet d’insulter l’armée française. L’extrême droite, les anciens combattants se mirent de la partie, la presse de droite se déchaîna... jusqu’à l’intervention à la Chambre des députés d’André Malraux pour défendre la liberté d’expression et calmer les esprits.
Les représentations continueront en dépit des manifestations. 20 représentations en avril-mai suivies de 20 autres de septembre à octobre qui seront interrompues compte tenu de la dégradation de la situation ; même le préfet de police décrétera n’être plus en mesure d’assurer la sécurité du Théâtre de l’Odéon.

En 1983, sur les traces des "fantômes d’une histoire commune", Patrice Chéreau a recréé la pièce au théâtre des Amandiers-Nanterre, dans le décor d’un ancien cinéma de Barbès. Rappelant que l’essentiel de la critique avait en 1966, malgré tout le raffut autour de la pièce, salué dans Les Paravents un chef d’œuvre, un critique notait qu’"elle avait bien vu, dès la création, le caractère allégorique de ce "grand poème théâtral et funèbre" qui dénonce l’hypocrisie des sociétés, quelles qu’elles soient, et dépasse de beaucoup les contingences du seul drame algérien. [...] C’est une liquidation rituelle de la misère humaine, une fable héroïque dont la mort et le Mal absolu sont les personnages principaux...".

Pour Marcel Maréchal, "Les Paravents prennent l’épopée algérienne seulement comme toile de fond pour nous offrir une allégorie épique et lyrique à propos du piège-miroir tendu entre le colonisé et son maître le colon". En 1991, dans le contexte de la guerre du Golfe, Les Paravents n’avait toujours pas fini de susciter des mécontentements. Metteur en scène et directeur du Théâtre de la Criée à Marseille, Marcel Maréchal a dû se résoudre à déprogrammer la pièce et à reporter les représentations à la saison suivante.

Création de la compagnie l’Égrégore avec le concours du Théâtre national d’Alger, dans une mise en scène d’Yvan Romeuf, Les Paravents de Jean Genet a été recrééé par le Théâtre de Lenche à Marseille. Le projet était initié dans le cadre de "Marseille-Provence 2013.

A l’occasion du lancement de la manifestation "Jean Genet 2010 en Morvan", des élus et des comédiens de la région ont donné lecture du débat parlementaire qui eut lieu en octobre 1966, à l’Assemblée nationale, suite à la demande d’interdiction des Paravents de Jean Genet (1910-1986).




Jean Louis Barrault sur "Les Paravents" de Jean Genet (ORTF, Diff. : 13/04/1966, Fonds INA, 12’53)

Maria Casares répète "Les Paravents" (5’49, ORTF, Diff. : 13/04/1966, Fonds INA)


Le scénographe André Acquart évoque Les Paravents en 2006 (9’05)


- 15 avril - 18 juillet 2016, "Jean Genet, l’échappée belle", Marseille / MuCEM / Fort Saint Jean | Salle d’exposition bâtiment Georges-Henri Rivière
- 1er - 10 septembre 2015, atelier autour des Paravents de Jean Genet, animé par Cedric Gourmelon, Alger / Institut français
> 10 septembre à 20 h, restitution, Alger / Institut français


- 13 octobre 2012, Théâtre et histoire ou le présent recomposé : "L’édition théâtrale et l’Algérie (1954-1962)" par Georges Perpes, La Seyne sur Mer / Théâtre Appolinaire
- 16 juin - 14 octobre 2012, "Engagements et déchirements. Les Intellectuels et la guerre d’Algérie" : Exposition, rencontre et livre en coédition avec Gallimard, IMEC / Abbaye d’Ardenne


- 16 juin 2012, Les Paravents de Jean Genet - Atelier de Christian Germain & Gilles Nicolas, Théâtre d’Ivry Antoine Vitez
- 3 juin 2012, Les Paravents de Jean Genet (Work in progress), atelier de théâtre de Christian Germain et Gilles Nicolas (Théâtre des Quartiers d’Ivry), Paris / Cité universitaire internationale
- 22 janvier 2010, Lancement de "Jean Genet 2010 en Morvan", Saint Brisson / Maison du Parc du Morvan, 58230 Saint Brisson, Tel : 03 86 78 79 09


- 6 - 13 juillet 2007, m. en sc. de Frédéric Fisbach, Festival d’Avignon 2007 / Théâtre municipal


- 10 - 11 février 2004, m. en sc. de Jean-Baptiste Sastre, Théâtre Dijon Bourgogne
- 8 janvier - 3 février 2004, m. en sc. de Jean-Baptiste Sastre, Théâtre national de Chaillot, Salle Gémier


- 27 July - 31 August 2002, m. en sc. de Frédéric Fisbach, Salzburger Festspiele
- 17 mai - 14 juin 2002, m. en sc. de Frédéric Fisbach, Paris / Théâtre national de la Colline



Les Paravents (The Screens)
de Jean Genet
(Décines, Marc Barbezat, 1961)
(Rééd., Gallimard-Folio, 1996 et rééd.)

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