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  Jérôme Lindon, les combats de Minuit

En 2015, la bibliothèque personnelle d’Annette et Jérôme Lindon, l’ancien directeur des éditions de Minuit disparu en 2001, a rejoint la réserve des livres rares de la Bibliothèque nationale de France. A partir du 9 octobre, l’exposition de la BnF "rend hommage à l’ambition et à l’exigence d’un travail d’éditeur qui a marqué la vie intellectuelle de la seconde moitié du XXe siècle d’une empreinte profonde".

Fils d’un magistrat d’origine juive polonaise, Jérôme Lindon (1925-2001) rejoint en 1946 les éditions de Minuit, nées dans la résistance à l’occupation allemande. À la tête de Minuit deux ans plus tard, il en fera la célèbre petite maison au catalogue prestigieux qui publie une vingtaine de titres par an depuis cette époque.
Artisan discret et réputé farouchement indépendant, l’éditeur fut le parrain de nombreuses étoiles de la littérature parmi lesquelles Georges Bataille, Maurice Blanchot, Samuel Beckett et Michel Butor.

Dès 1956, cet ancien résistant s’est engagé contre l’usage de la torture en Algérie. C’est aux éditions de Minuit que paraissent notamment L’Algérie en 1957 de Germaine Tillion, repris et augmenté en 1961 sous le titre L’Afrique bascule vers l’avenir, puis La Question d’Henri Alleg, qui doit son titre à Jérôme Lindon, L’Affaire Audin de Pierre Vidal-Naquet et Le Désert à l’aube de Noël Favrelière. Ces trois derniers ouvrages seront saisis et l’éditeur poursuivi et condamné à plusieurs reprises. En 1962, paraitront en outre La Raison d"État. La répression de 1954 à 1962 et La Torture dans la République de Pierre Vidal-Naquet.
Signataire du "Manifeste des 121" intellectuels pour le droit à l’insoumission en Algérie, Jérôme Lindon a en outre imprimé et diffusé cet appel.

La consécration est venue à deux reprises avec les Nobel attribués à Samuel Beckett en 1969 et à Claude Simon en 1985. Prix Goncourt 1984 en France, L’Amant de Marguerite Duras s’est depuis imposé au sommet du prix.
Le catalogue des éditions de Minuit compte également des auteurs comme Hervé Guibert, Bernard-Marie Koltès et Jean Echenoz, prix Goncourt pour Je m’en vais en 1999.

Préoccupé par le sort du livre et de l’édition en France, Jérôme Lindon fut enfin l’un des principaux artisans de la loi Lang (1981) sur le prix unique.

Il est décédé le 9 avril 2001 des suites d’un cancer. (Crédit Photo : DR)



9 octobre - 9 décembre 2018, "Les combats de Minuit : dans la bibliothèque de Jérôme et Annette Lindon", Paris / Bibliothèque François-Mitterrand / Galerie des donateurs


- 16 juin - 14 octobre 2012, "Engagements et déchirements. Les Intellectuels et la guerre d’Algérie" : Exposition, rencontre et livre, en coédition avec Gallimard, IMEC / Abbaye d’Ardenne



Lire : Jérôme Lindon de Jean Echenoz
(Paris, Minuit, 2001)

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