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  Sidi Bémol > "Chouf !"

En 1998, sortait le tout premier album estampillé Cheikh Sidi Bémol, une synthèse rapidement qualifiée de gourbi-rock, entre terroir algérien pour la musique, la langue et les textes et un son électrique et urbain. 22 ans plus tard, Sidi Bémol est de retour à ses premières amours avec Chouf ! (Regarde !), un nouvel opus à l’énergie résolument rock, mâtiné de rythmes traditionnels, l’occasion pour lui de rappeler que c’est le rock qui lui a donné envie de s’exprimer et de chanter.

Face à un monde secoué par une crise globale et son corollaire de casse sociale, Sidi Bémol préconise d’ouvrir les yeux. Ses textes s’adressent à la conscience et au sens des gens désireux de changements dans un monde en ébullition. Il dit croire beaucoup dans la "Révolution du sourire" en Algérie, le Hirak momentanément en veilleuse à cause de la pandémie de Covid-19, et dans la jeunesse algérienne à qui il dédie le dernier titre, "Salam a’likoum" (Le Salut soit sur vous).

Dans "Rond-point", les guitares se lâchent pour dire un pays dans l‘impasse. Sidi Bémol chante "Fi rassi rond-point / 99 trig / Kamel sens interdit" ("Dans ma tête un rond-point / 99 voies et autant de sens interdits"), et aussi "Ou n’dour wahdi / La maqsoud la chi / La gaïd la ra’i" (Je tourne en rond / Sans projet ni rien / Sans guide ni berger), un clin d’œil tout à la fois aux restrictions des libertés et à une jeunesse pleine de vie mais en friche. La chanson s’inspire du titre d’un documentaire de Hassen Ferhani, Dans ma tête un rond-point (2015).


"Chouf !" s’interroge (sur le mode de "Regarde bien petit" de Jacques Brel et le mystère de sa vision), "Que vois-tu à l’horizon ? Un régiment de cavaliers ? / Une caravane de marchands ? De la brume sur les champs ?", avant de se raviser avec un solo de guitare libérateur pour clamer, "Chouf khouya chouf / Ça y est rahoum harbou / Chafouna khafou / Kima djaou rahou / Chouf khouya chouf / Rani waqila nhatraf / Ou kassi nachaf / Mais mazal waqaf", (Regarde mon frère, regarde / Ça y est, ils ont tourné les talons / Ils nous ont vus et ont pris peur / Ils sont partis comme ils sont venus / Regarde mon frère regarde / Peut-être que je délire / Mon verre est vide / Mais je suis toujours debout).


Avec cordes acoustiques et percussion, "Aziza Lalla" est une très belle ode aux femmes, à Tin Hinan, Fatma, Kahina, Anne et Ourida, Djamila, Imane, Fadila et combien d’autres encore, grandes oubliées du récit national algérien.


Une mention spéciale pour le caustique "Blues lembassi" ou "Blues de tête brulée", une fantaisie dédiée à Rachid Taha, "Alef lila" (Mille nuits), sur la roue de la vie aux mille figures et aux mille ruses, un autre blues qui apostrophe "El Mahna"(Le Malheur), “Wech djabek ‘and el guellil, wech tma’ti fih ahlil" (Oh Malheur, que viens-tu faire chez le nécessiteux / Qu’escompte-tu encore de son dénuement) et enfin "Win darek", littéralement "Où est ta maison", un texte scandé et électrisé qui ouvre l’album et lui fait dire "Win darek ya lemchoum / Bin elila oue ndjoum / Bin essekra oue noum" (Où est ton toit, malheureux / Entre nuit et étoiles / Entre ivresse et sommeil) avant d’ajouter, un brin philosophe, "Yak echdjour el ghaba / Ma tahrab mel hattaba", que les arbres non plus n’échappent pas toujours aux bucherons malveillants.


A la demande de Hocine Boukella, pour conserver à l’album une énergie de groupe, Chouf ! a été enregistré en mode live, -tous les musiciens jouent en même temps comme sur scène-, sous la direction artistique du musicien et producteur anglais Justin Adams, auteur de collaborations avec Tinariwen, Natasha Atlas, Juldeh Camara ou Najat Aatabou, et plus récemment avec Iness Mezel pour l’album Beyond the Trance, puis Rachid Taha pour Zoom.

L’enregistrement a eu lieu en quatre jours, aux studios Real World, avec l’ingénieur du son Tim Oliver à la console (enregistrement, mixage, mastering), en compagnie de Youcef Boukella, le frère de l’artiste et co-fondateur de l’Orchestre National de Barbès (chant, guitare, chœurs), Abdenour Djemaï, compagnon de route de l’aventure Sidi Bémol (guitare, chœurs) et Maamoun Dehane, autre musicien de l’ONB (batterie, chœurs). Chouf ! compte également un invité sur deux chansons, Hakim Hamadouche (mandoluth), qui a accompagné Rachid Taha jusqu’à sa disparition.

Sur treize titres, cinq ont été co-écrits avec le journaliste Sid Ahmed Semiane (SAS) et "Chouf" avec Youcef Boukella.

Album après album, l’aventure de Sidi Bémol a un coût et les retours attendus avec les recettes de concerts aléatoires, sans parler de la pandémie en cours de Covid-19, alors n’hésitez pas, achetez les ! Une belle occasion de soutenir un artiste qui compte, une parole attentive et libre, et un son rock plus vivant que jamais pour dire les turbulences de notre époque.
Vivement recommandé.



En concert : 7 novembre 2020 à 17 h 30, Ivry-sur-Seine / Le Hangar


- 17 octobre 2020, Porspoder / Le Chenal, 13 rue du Port, 29840 Porspoder
- 24 septembre 2020, Paris / Studio de l’Ermitage



Sidi Bemol
Nouvel album : Chouf ! (Regarde !)
(CSB Productions | RFI Talent / L’Autre Distribution, 2020)
Sortie : le 21 aout

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