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  Sidi Bémol > L’Odyssée de Fulay, chants berbères antiques

Enjambant les siècles et les millénaires, le nouveau projet de Sidi Bémol ressuscite une tradition ancienne des Berbères d’Afrique du Nord, où tous les gestes de la vie, toutes les cérémonies, étaient soutenus par le chant ; une tradition de chants monodiques où la voix joue les premiers rôles, avec ou sans accompagnement instrumental. Mais en convoquant la geste des ancêtres, avec son cortège de croyances et de mythologies, Sidi Bémol le fait en toute liberté. Évitant le piège de la révérence au répertoire connu, il le féconde et le renouvelle avec amour et fraîcheur.

Sur une recherche et des textes de toute beauté signés Ameziane Kezzar, Sidi Bémol chante des complaintes, des incantations et des berceuses, des psalmodies d’un éclat entêtant, servies par des arrangements ascétiques et inspirés. Les quinze titres de l’album, peuplés de génies, de nymphes et de divinités, dans une nature magique, où il est question de croyances et de rites, de voyages intérieurs, d’exil et de ténèbres aussi, Sidi Bémol les habille, ici, de cordes cristallines ou voyageuses, là, de piano tempéré, ailleurs, d’une voix de chœur éthérée. Cela donne une pléiade de pépites et autant de coups de cœurs comme "Tigenawin" (Les Déesses), une berceuse délicate et une ode à Unisa, Westa et Dyana (Vénus, Vesta et Diane) pour veiller sur les enfants, "Aydes" (Hadès), un beau chant aux arrangements lancinants, sur le royaume de l’ombre et ses promesses d’asile éternel, et "Sulas" (Apollon), une prière au dieu de lumière qui règne sur la beauté et les arts.
On y trouvera aussi "Tighri" (L’Appel, le Cri), un chant où beaucoup ne manqueront pas de voir les prêcheurs mortifères de tous les intégrismes, mais aussi "Abrid n Siwa" (La Route de Siwa), avec son espoir têtu de jours meilleurs. Outre plusieurs plages instrumentales dont l’hypnotique "Amzun d asif" (Comme une rivière), on y trouvera encore Atina (Athéna), dont le chant implore la protection d’Athéna, fille de Jupiter et déesse d’origine libyenne, selon la légende et l’historien Hérodote.

Dans le livret, Sidi Bémol invoque la Méditerranée, un rappel opportun sous-tendu par plusieurs millénaires d’histoire commune et de circulation des mythologies et des savoirs, notamment dans l’agriculture, la musique et les arts (tatouage, habillement, bijou, tissage, tapisserie, décoration murale, poterie), où se mêlent les influences berbère, égyptienne, grecque et phénicienne.

Le nouveau projet de Sidi Bémol s’incarne aussi dans un conte musical, entre théâtre et chant. Il met en scène les aventures fantastiques de Fulay, "un artiste-sculpteur berbère, célébré par les rois et adopté par les divinités". Fulay, dont Sidi Bémol vient nous rappeler que ce n’est autre que le prénom berbère de notre ancêtre à tous en littérature, Apulée.

Avec toujours le compagnonnage des musiciens Maxime et Damien Fleau, dans une mise en scène de Kên Higelin, L’Odyssée de Fulay est construit autour d’une douzaine de chants qui irriguent le récit et revisitent les mythologies du monde algérien, maghrébin et méditerranéen. Le spectacle s’inscrit dans un cycle Archipel Méditerranées, développé par le Théâtre d’Ivry, en collaboration avec les théâtres de Tunis et de Beyrouth, où L’Odyssée de Fulay sera représenté, en attendant l’engagement d’un théâtre partenaire algérien.

Le spectacle sera créé le 20 avril, date anniversaire du printemps de Kabylie de 1980, qui avait vu un puissant mouvement de revendication culturel durement réprimé. Pour mémoire, la mobilisation est née à la suite de l’interdiction d’une conférence sur la poésie kabyle ancienne, que l’écrivain et anthropologue Mouloud Mammeri devait prononcer à l’université de Tizi Ouzou.

Une revendication et un combat culturel toujours d’actualité, convient l’artiste dans un entretien au quotidien El Watan du 14 avril. "Un chantier immense" qui doit porter sur "la langue, la musique, la philosophie, l’archéologie, l’histoire.". Pour Sidi Bémol, loin des dogmes en tous genres, il faut encore et toujours travailler à "développer la culture et la langue amazighes" en prenant soin, notamment "par un enseignement de qualité", de "les sortir du statut de simple folklore". C’est là, dit-il, "l’un des objectifs de notre spectacle".

Notre avis : chaudement recommandé !



- 20, 21 et 22 avril 2017, Ivry-sur-Seine / Théâtre Antoine-Vitez



L’Odyssée de Fulay
Un conte musical de Sidi Bémol
Avec Hocine Boukella (guitare, chant, percussions, compositions, conteur et auteur du conte), Damien Fleau (xylophone, flutes, piano, chœurs), Maxime Fleau (percussions, clarinette, chœurs)
Mise en scène : Kên Higelin



Sidi Bémol
L’Odyssée de Fulay, Chants berbères antiques
(CSB Productions/L’autre Distribution, 2017)
Sortie : 28 avril

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