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  Photographier la guerre d’Algérie

En 185 photographies et documents, l’exposition était présentée comme "le premier bilan complet sur la manière dont cette guerre a été représentée". Avec Laurent Gervereau et Benjamin Stora pour commissaires, "Photographier la guerre d’Algérie" a rassemblé "des tirages d’époque, des agrandissements modernes, des albums, des extraits de presse, des affiches, des oeuvres d’art".

Intitulée "Quels photographes ?", la première partie s’est attachée au travail des agences ou des journaux à "forte présence" comme Paris Match en mettant en lumière les reportages, après 1958, de Nicolas Tikhomiroff, Raymond Depardon et Marc Riboud. Elle a consacré une grande place aux productions des services de l’armée française en soulignant "la différence de pratique entre deux auteurs" : Marc Flament (1929-1991), sergent-chef dans les troupes du colonel Bigeard et photographe attitré de ce dernier qu’il a connu en Indochine, et Marc Garanger. Une dernière part était réservée aux tirages d’amateurs des deux camps.

Dans la seconde partie "Montré/Caché", les concepteurs de l’exposition ont eu le souci de faire l’inventaire des "figures" de cette guerre en esquissant des réponses. "Quelles sont les scènes photographiées ? Qu’occulte-t-on ? Des patrouilles, des attentats, des massacres, à la torture, des joies et des drames, où se porte le choix photographique ?" Un reportage du Néerlandais Kryn Taconis (1918-1979) sur l’armée de libération algérienne en 1957 - censuré en France parce que l’agence Magnum craignait un plastiquage mais édité aux Pays-Bas - était montré dans son intégralité en même temps que des photographies inédites d’octobre 1961, propriété du journal France Soir et déposées à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris.
On pouvait également y voir des tirages de la photographe de presse américaine Dickey Chapelle (1919-1965) décédée au Vietnam. Accueillie dans un maquis de l’ALN, elle montre le procès et l’exécution d’un maquisard accusé de collaboration avec l’armée française. Ses photographies ont été publiées aux Etats-Unis.

Posant la question de "Quelles images publiques ?", la troisième partie s’est efforcée de montrer que "la presse (dont le journal clandestin du FLN), mais également les tracts illustrés et les affiches, permettent d’aborder la question de la diffusion de masse des stéréotypes, mais aussi d’indiquer tout ce qui s’en échappe, toutes les visions non contrôlées d’une guerre qui ne dit pas son nom".
En passant en revue les collections de Paris Match de la période 1954-1958 et le travail des services de l’armée française, "entre censure et propagande, toutes ces photographies anticipent la vague du photo-journalisme de guerre qui se développera avec le Vietnam".

Président de l’Institut des Images, Laurent Gervereau a été l’un des initiateurs en 1992 de l’exposition "La France en guerre d’Algérie", au musée d’histoire contemporaine (BDIC) aux Invalides à Paris. Professeur d’Histoire du Maghreb à l’Institut de langues orientales (Inalco), Benjamin Stora a été commissaire de l’exposition "Images de la guerre d’Algérie" à Saint-Omer en 2002. (photo ci-contre, "Algérie. Le putsch d’Alger. Militaires parachutistes dans Alger", avril 1961, © Dalmas Sipa)



- 23 janvier - 18 avril 2004, Hôtel de Sully, 62, rue Saint-Antoine, Paris 4è, Tel. : 01 42 74 47 75



Catalogue : Photographier la guerre d’Algérie
Sous la direction de Benjamin Stora et de Laurent Gervereau
Textes de Fabrice d’Almeida, Marie Chominot, Laurent Gervereau, Abdelmadjid Merdaci et Benjamin Stora
(Paris, Marval, 2004)

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